L’ornithorynque : pourquoi ce mammifère australien est-il si étrange ?

Avec son bec aplati, ses pattes palmées, sa fourrure dense et sa large queue, l’ornithorynque semble réunir les caractéristiques de plusieurs animaux. Pourtant, Ornithorhynchus anatinus est bien un mammifère, appartenant à une branche très particulière de leur histoire évolutive : les monotrèmes.
Son étrangeté ne s’arrête pas à son apparence. Il pond des œufs, détecte les faibles signaux électriques produits par ses proies et le mâle possède même un système venimeux. Autant de particularités qui font de l’ornithorynque l’un des mammifères les plus singuliers encore vivants.
L’ornithorynque est un mammifère qui pond des œufs
Chez la grande majorité des mammifères, les petits naissent directement du corps de leur mère. L’ornithorynque échappe à cette règle : la femelle pond généralement deux œufs, même si une ponte peut en compter entre un et trois. Elle les conserve dans un terrier aménagé sur la berge et les maintient contre son ventre pendant l’incubation.

Cette reproduction inhabituelle s’explique par son appartenance aux monotrèmes, une ancienne lignée de mammifères aujourd’hui représentée par l’ornithorynque et les échidnés. Ce sont les seuls mammifères vivants à pondre des œufs.
Malgré cette ponte, sa nature de mammifère ne fait aucun doute. Son corps est couvert de fourrure, il maintient sa température corporelle et surtout, la femelle produit du lait pour nourrir ses petits. Comme les autres monotrèmes, elle ne possède toutefois pas de mamelons : le lait est sécrété par des pores de la peau et les jeunes le récupèrent au niveau de zones mammaires couvertes de poils.
Un animal conçu pour vivre entre la terre et l’eau
L’ornithorynque vit dans les rivières, ruisseaux et autres milieux d’eau douce de l’est de l’Australie ainsi qu’en Tasmanie. Son corps profilé est particulièrement adapté à cette existence semi-aquatique. Les plus grands mâles peuvent dépasser 60 centimètres, tandis que leur masse varie fortement selon les régions et les individus.

Dans l’eau, ses pattes antérieures palmées fournissent l’essentiel de la propulsion. Les pattes arrière interviennent davantage dans la direction, tandis que la queue large contribue à la stabilité et sert également de réserve de graisse. Sa fourrure très dense et imperméable limite les pertes de chaleur lors de ses longues périodes passées dans une eau parfois froide.
Sur la terre ferme, l’animal paraît beaucoup moins à son avantage. Ses membres courts sont orientés sur les côtés du corps et rendent sa locomotion terrestre relativement coûteuse en énergie. Il utilise néanmoins ses griffes puissantes pour creuser des terriers dans les berges, où il se repose et où les femelles élèvent leurs petits.
Son bec lui permet de détecter l’électricité
Le « bec de canard » de l’ornithorynque n’est pas un bec rigide comparable à celui d’un oiseau. Il s’agit d’un organe souple et extrêmement sensible, recouvert de peau. Il contient notamment des récepteurs capables de détecter de très faibles champs électriques dans l’eau.

Cette capacité devient essentielle lorsqu’il plonge. Sous l’eau, l’ornithorynque ferme ses yeux, ses oreilles et ses narines. Il ne peut donc pas compter principalement sur la vue, l’ouïe ou l’odorat pour localiser sa nourriture. Son bec prend alors le relais grâce à la combinaison de l’électroréception et d’une grande sensibilité aux mouvements et aux pressions.
Que mange l’ornithorynque ?
L’ornithorynque est surtout actif au crépuscule et pendant la nuit. Il passe plusieurs heures à rechercher sa nourriture au fond des cours d’eau, effectuant des plongées qui durent généralement de quelques dizaines de secondes à un peu plus de deux minutes.
Il se nourrit principalement d’invertébrés aquatiques, notamment de larves d’insectes, de vers, de petits mollusques et de crustacés. Il fouille les sédiments avec son bec, stocke temporairement ses prises dans ses joues, puis remonte à la surface pour les broyer grâce à des plaques cornées qui remplacent les dents chez l’adulte.
Le mâle possède des éperons venimeux
Chez le mâle, chaque cheville arrière porte un éperon d’environ 12 millimètres relié à une glande à venin. Ce système devient particulièrement actif pendant la période de reproduction et semble surtout utilisé lors des affrontements entre mâles, plutôt que pour capturer les petites proies dont l’ornithorynque se nourrit.
Chez l’être humain, une piqûre peut provoquer une douleur très intense et un gonflement important, mais le venin n’est normalement pas mortel. Cette particularité s’ajoute à d’autres caractéristiques étonnantes de l’ornithorynque.
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Lorsque les premiers spécimens d’ornithorynques arrivèrent en Europe à la fin du XVIIIe siècle, leur apparence dérouta tellement les naturalistes que certains soupçonnèrent une supercherie. Ils pensaient qu’un bec de canard avait été fixé sur le corps d’un autre animal. Les études anatomiques confirmèrent pourtant son authenticité, tandis que la découverte de sa ponte accentua encore la surprise. Aujourd’hui, ces caractéristiques sont comprises comme le résultat de l’histoire évolutive particulière des monotrèmes, une ancienne branche de mammifères.
Où peut-on encore trouver l’ornithorynque ?
L’espèce est endémique d’Australie. Sa répartition naturelle concerne principalement les systèmes d’eau douce de l’est du continent, depuis le Queensland jusqu’à Victoria, ainsi que la Tasmanie. Une population introduite existe également sur Kangaroo Island, en Australie-Méridionale.
Même dans les régions où il est présent, observer un ornithorynque sauvage n’est pas toujours facile. L’animal est discret, passe une partie de son temps dans son terrier et devient surtout actif au crépuscule ou durant la nuit. Lorsqu’il nage en surface, seules de petites parties de sa tête, de son dos et de sa queue dépassent généralement de l’eau.
L’ornithorynque n’est pas un assemblage d’animaux différents, mais le représentant moderne d’une branche ancienne et très spécialisée des mammifères. Ovipare mais producteur de lait, nageur capable de chasser grâce à l’électricité et, chez le mâle, équipé d’éperons venimeux, il montre surtout jusqu’où l’évolution peut diversifier les caractéristiques d’un mammifère.
